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vendredi 26 février 2016

La Reine de beauté de Leenane au Festival d’Avignon

La Reine de Beauté de Leenane, (c) Michael DonioEn avant-première du Festival d'Avignon, c’est au Petit Théâtre Odyssée à Levallois que s’est jouée en février dernier La Reine de beauté de Leenane, la comédie noire qui a rendu célèbre Martin McDonagh. Dérangeante tant par la crudité de son réalisme que par la cruauté de ses dialogues, cette satire sociale et familiale prend racine dans les profondeurs insondables de l’Irlande rurale. Avec une belle distribution (Catherine Salviat de la Comédie-Française, Sophie Parel sur les planches et à la mise en scène, ou encore Grégori Baquet, Molière de la Révélation Masculine en 2014), ce mythe d’Œdipe revisité s’inscrit dans le style barbare des contes de fées de notre enfance où les fées, à bien y regarder, ont tous les attributs de l’ogresse.

Pour ouvrir la boîte de Pandore, c'est ici...
Le saviez-vous ? Sophie Parel a joué dans de nombreuses pièces de théâtre, parmi lesquelles : L’Avare de Molière au Théâtre de la Porte Saint-Martin, L’affaire Edouard de Feydeau, Plume d’Henri Michaux mis en scène par Fabrice Eberhardt, La peau d’Elisa de Carole Frechette, Cendrillon au Théâtre Comédia ou encore La Demande en mariage et L’Ours de Tchekhov qu’elle a mis en scène.

Sous le ciel noir de l’Irlande bucolique

« - Ben vous avez qu’à r’garder par la fenêtre, pis vous la verrez l’Irlande. Et ça va pas êt’ long à vous gonfler. « Tiens un veau ». » (Rey)

C’est dans le Connemara, mais pas au bord d’un quelconque lac, que nous retrouvons les antihéros de La Reine de beauté de Leenane. Arrimés à leur patelin irlandais comme autant de moules à leur rocher, ils naissent à Leenane, y poussent comme des mauvaises herbes et y cassent leur pipe comme des chiens. 
Sur cette terre hostile où vent et pluie sont copains comme cochons, tout le monde se connaît. Les rumeurs vont bon train et les rancœurs sont tenaces. On est prêt à s’étriper entre voisins pour une balle de jokari ou à trahir sa famille pour une émission télévisée. Et si l’on déploie des trésors de violence verbale, c’est pour ne pas étouffer la gueule ouverte, mourir d’impuissance, de lassitude ou de désespoir.
Mise en scène par Sophie Parel, la pièce se déroule en huis clos dans un espace confiné, la cuisine rudimentaire d’une bicoque de campagne. Sombre, sale, dépouillée et exiguë, elle n’a rien d’une cage dorée mais tout d’une prison. Sur une table en formica des années 50, on mange, on boit, invariablement la même chose. Sur un fauteuil roulant, on regarde les séries télé. La vieille radio ne parvient pas à combler le silence en crachotant. Le lourd tisonnier ne fascine que par les macabres possibilités qu’il offre. Même par la fenêtre, il n’y a rien à voir ; les champs, comme le néant, s’étendent à l’infini.

Des personnages hauts en couleur qui ne broient que du noir

« Je suis sûre que tu mourras jamais, tu tiendras l’coup rien qu’pour m’pourrir l’existence » (Maureen à sa mère)

La maîtresse de maison (fabuleusement incarnée par Catherine Salviat) est une doyenne bourrée de qualités : paresseuse (impotente?), possessive, hystérique, tyrannique, vieille, crasseuse, maniaque, aigrie, mauvaise comme une teigne, manipulatrice, pleurnicheuse, égoïste, siphonnée… Bref, parfaitement recommandable.
Et comme les chats font rarement des chiens, sa fille Maureen n’est pas en reste : lunatique, maussade, pas finaude pour deux sous, agressive à tendance franchement marteau, nuisible, malveillante… Etouffée par sa mère pendant près de quarante ans, elle cultive en prime une misère sexuelle et sentimentale digne du dernier des laiderons, sans le physique qui va avec. Car Maureen (remarquablement interprétée par Sophie Parel) est un joli brin de fille aux jambes bien fuselées et aux minijupes bien courtes, capable de faire perdre la caboche à plus d’un cul-terreux. Rêvant de liberté (ah l’Amérique !) et d’amour, elle évolue avec la nonchalance d’une éternelle adolescente. Aux antipodes d’une mère Teresa (comprenez la bonne fille qui sacrifie sa vie pour le reste de la fratrie), elle n’attend plus la moindre reconnaissance depuis bien longtemps, et ne cesse de souhaiter la mort de sa mère ingrate.
La Reine de Beauté de Leenane, (c) Anne Hérold
Côté testostérone, enfin, deux dignes représentants de la gente masculine se disputent la vedette : l’idiot du village, Rey Dooley (joué par Arnaud Dupont, plus vrai que nature), et son fréro Pato Dooley (très justement interprété par Grégori Baquet), le bellâtre du coin. Comme tout benêt congénital qui se respecte, Rey est aussi ahuri que vil, manipulable, cradoque, susceptible et violent. L’inverse de son frère, en somme, sauf peut-être du côté de la cervelle. Car si on ne saisit pas bien l’usage que Pato fait de cette dernière, on comprend vite qu’il agit par facilité, et se laisse mener là où le vent l’emporte. 

Une comédie noire qui jette un blanc

Tantôt victime, tantôt bourreau, mère et fille se disputent jour après jour, se mentent, s’insultent, se torturent à petit (ou grand) feu pour mieux se détruire. En vain. Ces deux-là ont la peau dure des sales bêtes qui vivent d'autant plus longtemps qu'on souhaite ardemment leur mort. Nourries aux querelles intestines, au porridge à grumeaux, aux biscuits indigestes, aux sales coups bilatéraux et aux délicates humiliations quotidiennes, elles ne connaissent qu’un seul mode de communication, le conflit ouvert, et partagent le même loisir de prédilection, la solitude à deux.
Jusqu’à ce que subitement, l’équilibre précaire du duo infernal bascule. De passage au village, Pato invite Maureen à une soirée. Branle-bas de combat : la jeune femme endosse la panoplie de la parfaite Barbie et sans trop de peine, attire sa proie dans ses filets, au nez et à la barbe de son chameau de marâtre qui se met à voir rouge. Dorénavant, la vieille n’a plus qu’un objectif : couper court aux aventures de sa dépravée de fille pour la garder à sa botte. Quant à cette dernière, elle joue son va-tout : Pato, c’est un peu sa dernière chance. Qui malheureusement, va rapidement se transformer en dernière cigarette du condamné, à la fois délicieuse et amère. Car tandis que Maureen rêve de prendre son envol (et du même coup, de filer fissa au septième ciel), Mag rêve de lui briser ses ailes au décollage. 
Entre haines farouches et rancunes familiales, frustrations et ressentiments, il y a peu de place, dans La Reine de beauté de Leenane, pour la beauté bien sûr, mais aussi pour l’amour, la tendresse ou toute forme, même rudimentaire, d’attachement. Le seul indice en ce sens pourrait être la présence récurrente de Maureen chez Mag, mais ce serait supposer que le plaisir de faire souffrir l’autre est moindre que le désagrément d’être là. Et ce serait aussi supposer que l’ennui d’être à deux est moindre que celui d’être seul.

Focus sur Martin McDonagh

Ce n’est sans doute pas par hasard que La Reine de beauté de Leenane se déroule en Irlande : si Martin McDonagh est né à Londres il y a plus de 40 ans, ses parents sont irlandais. Auteur de théâtre, cinéaste et réalisateur (Bons Baisers de Bruges, primé au Festival du film Sundance), il est aujourd’hui reconnu dans le monde entier. Premier volet d’une trilogie sobrement intitulée La Trilogie de Leenane, La Reine de beauté de Leenane (écrite en 1996, elle est traduite en français par Gildas Bourdet) le propulse sur le devant de la scène. Il connaît avec elle son premier succès international, d’abord en Irlande, en Angleterre puis au-delà du Royaume-Uni en raflant notamment Le London Critics Circle Theatre Awards du Dramaturge le plus prometteur, ainsi qu’une nomination aux Tony Awards.

Auteur : Cécile Duclos

Copyright Photo : Arnaud Dupont, Michael Donio et Anne Hérold

Informations pratiques :
La Reine de beauté de Leenane au Théâtre Essaïon-Avignon
Une pièce écrite par Martin McDonagh
Mise en scène : Sophie Parel
Avec : Catherine Salviat, Sophie Parel, Grégori Baquet et Arnaud Dupont
Dates : Du 7 au 30 juillet 2016 à 14h 20, dans le cadre du Festival d'Avignon
Adresse : Théâtre Essaïon (2 Place des Carmes, 84000 Avignon)

jeudi 19 novembre 2015

Interview de Sarah Doraghi, du rire au bonheur de vivre

Interview de Sarah Doraghi, du rire au bonheur de vivreA l’occasion de son spectacle Je change de file, un « One Woman Show » hilarant qui se joue en ce moment-même à la Comédie des boulevards (dépêchez-vous, c’est jusqu’à fin décembre !), nous retrouvons Sarah Doraghi dans un bistro parisien. Les terribles événements du 13 novembre dernier n’ont pas encore eu lieu, et dans la douceur d’un automne tout juste naissant, l’air semble empreint de liberté et de légèreté. Entre deux éclats de rire, la talentueuse humoriste nous parle de l'Iran, de la France et de la Basse Patagonie, d'ardoise magique et de vrais passeports, d’Einstein et de Mamad le canard immigré, de rencontres qui changent une vie et de peur panique, d'intégration et des bras d'Agnès Jaoui, de Muriel Robin et d’injustice, d’eau plate et d’eau gazeuse, d'autodérision et de racisme, de Romain Gary et de livres qui font rire et pleurer à la fois, de partage et de bienveillance… Interview exclusive de Sarah Doraghi, du rire au bonheur de vivre.

mardi 10 novembre 2015

Sarah Doraghi, du sourire au rire ravageur

Sarah Doraghi à la Comédie des BoulevardsVotre paternel est au bout du rouleau depuis que votre mère est à la retraite ? Votre amie a le moral dans les chaussettes depuis que sa paire de Louboutin a passé l’arme à gauche ? Vous-même n’êtes pas au mieux de votre forme depuis que votre cher et tendre a décidé de pratiquer la pêche à la mouche tous les dimanches ?
Stop, nous avons LA SOLUTION : filez daredare au théâtre voir Sarah Doraghi dans Je change de file (vous, votre amie, votre père et votre mère aussi). On s’y bidonne comme des tourtes pour pas un radis (20 € pour une telle déferlante de bonne humeur, c’est presque indécent). L’humoriste assure comme une bête (de compétition ou curieuse, au choix ; mais inutile, ici, de chercher la petite, c’est peine perdue). Le texte est à la fois fin (cela mérite d’être souligné), drôle et incisif. Bref, que demander de plus ? Ah oui, une place avant Noël car le 26 décembre, c’est la dernière. Allez hop, à vous de jouer !

lundi 29 octobre 2012

La Demande en mariage & l'Ours de Tchekhov

La Demande en mariage & l'Ours de TchekhovFranchement loufoque, délicieusement absurde, magistralement corrosif, La Demande en mariage & l'Ours de Tchekhov, un spectacle « deux en un » actuellement à l'affiche du théâtre de l'Essaïon, tourne en dérision les travers de la nature et des relations humaines. Une demande en mariage qui dégénère en querelle de voisinage, le remboursement d'une dette qui vire à l'hystérie collective, quand l'humour russe gondole les planches parisiennes, c'est l'occasion rêvée de revisiter ses classiques en riant à gorge déployée !

mardi 23 octobre 2012

Doris Darling au théâtre du Petit Saint-Martin

Doris Darling au théâtre du Petit Saint-Martin« Quand les chiens se dévorent entre eux, ma petite Peg, vérifie toujours que la pire chienne assise à la table c’est toi » : prenez un shaker, mettez-y la plume de Ben Elton, la passion pour les textes anglais de Marianne Groves, le tout pimenté par la gouaille de Marianne Sergent, et cela vous donne la bombe de la rentrée théâtrale : Doris Darling au théâtre du Petit Saint-Martin. Il est bien dommage que cet établissement parisien ne participe plus aux Molières, nul doute que ce petit bijou y aurait été nominé et primé.

mardi 16 octobre 2012

Interview de Pam Ann, la maîtresse de l'air en vol libre

Interview de Pam Ann, la maîtresse de l'air en vol libreAvis aux gentils miséreux qui volent en low cost, aux méchants capitalistes qui voyagent en première, aux piliers de comptoir (d'aéroports) et à tous ceux qui fantasment à mort sur la voix, oh combien suave, de l'hôtesse d'accueil du terminal 3 de Roissy Charles de Gaulle : l'absolument fabuleuse Pam Ann (de son vrai nom Caroline Reid, comédienne et humoriste australienne) est de retour à Paris le 4 décembre 2012, à l'Alhambra, pour un spectacle des plus prometteurs ! Mordante et déjantée, politiquement incorrecte à souhait, Pam Ann nous parle de son nouveau one-woman-show intitulé Around the World – événement exceptionnel s'il en est, dont on se délecte d'avance ! –, de sièges mal fixés et de collisions (réussies ou manquées), de Kate Middleton (la princesse boulimique) et de Jean Dujardin (un projet de mariage top secret), de cocaïne et de sex toys... Interview de l'icône gay la plus sexy de l'espace aérien, Pam Ann, la maîtresse de l'air en vol libre à aduler sans modération !

mardi 9 octobre 2012

Occupe-toi d’Amélie au théâtre de la Michodière

Occupe-toi d’Amélie au théâtre de la MichodièreLe rideau se lève devant Amélie d’Avranche (alias Hélène de Fougerolle), allongée sur le canapé en extase, proche de l’orgasme, sur un air de Caruso. Le ton est donné ! Jeu de mots, quiproquos et sous-entendus sont au rendez-vous dans un rythme tel que les aimait Georges Feydeau. Après La puce à l’oreille, L'hôtel du libre-échange et Ciel mon Feydeau, s’invite la pièce créée par le maître du vaudeville, Occupe-toi d’Amélie, au théâtre de la Michodière.

mercredi 19 septembre 2012

Volpone au Théâtre de la Madeleine

Volpone au Théâtre de la MadeleineMordante et désopilante, la nouvelle mouture de Volpone, au Théâtre de la Madeleine, flirte entre la commedia dell’arte, les comédies de boulevard et ces farces à l'amère noirceur dont on s’enorgueillit outre-Manche. D'une modernité troublante, cette pièce écrite par Ben Jonson à l'orée du XVIIème siècle et mise en scène par Nicolas Briançon taille, en quelques dialogues acérés, un costume peu reluisant à la glorieuse nature humaine : en forme de « t » (avidité, cupidité, lubricité, duplicité, naïveté, grossièreté, vénalité, méchanceté, cruauté), mais aussi avec un grand « i » (envie, jalousie, mesquinerie) et quelques « ise » et « ice » pour parfaire l'ensemble (traîtrise, bêtise, gourmandise, avarice)... La leçon est universelle, alors si vous répugnez à écouter aux portes des confessionnaux, rendez-vous au Théâtre de la Madeleine !

mardi 1 mai 2012

Didier Porte fait rire les masses

Didier Porte fait rire les massesQue vous sachiez pour qui voter le 6 mai ou que vous hésitiez encore à donner votre voix à François Hollande, désormais opposant officiel à Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, allez voir ou revoir le spectacle de Didier Porte, Didier Porte fait rire les masses, avant et après le premier tour. Pendant près d’une heure et demie, sur un ton badin mais non moins grinçant, l'humoriste, journaliste et chroniqueur français, nous livre un premier bilan du quinquennat du président sortant. Militant de première heure, Didier Porte ne fait pas dans la langue de bois.

jeudi 23 février 2012

ToiZéMoi fêtent leur divorce

Visuel ToizéMoi fêtent leur divorce, (c) P. ChantierAprès Le Pitch lors d’une grève générale, les ToiZéMoi fêtent leur divorce. Et pour que cette journée soit mémorable, ils organisent une bringue au Théâtre des Variétés, rien de moins ! Au programme, un mode d'emploi à distribuer dans toutes les mairies : « Comment divorcer en s’amusant ? ». Message spécial de la rédaction aux divortiumphobiques : allez voir la pièce ! C'est le remède à vos craintes, la guérison garantie : dès le lendemain, vous courrez chez l'avocat (ou chez Monsieur le Maire, pour les plus atteints).

mardi 24 janvier 2012

Déshabillez mots, strip texte jouissif

Déshabillez mots, strip texte jouissifÀ une époque où la Culture est mise au placard et sa camarade d’infortune, l’Éducation nationale, mise au rabais, Léonore Chaix et Flor Lurienne, auteures et comédiennes, donnent la parole aux premiers concernés, les Mots. Ces derniers, avec humour et sincérité, se prêtent au jeu et réveillent nos consciences. Écrit par Léonore Chaix et Flor Lurienne, mis en scène par Marina Tomé, Déshabillez mots est un spectacle époustouflant, intelligent et drôle. En nous livrant un état des lieux de notre société, il nous met face aux rôles que nous y jouons.

 
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